Aidants : partir en vacances sans culpabiliser...

Aidants : partir en vacances sans culpabiliser...

L’été, les conversations tournent autour des départs, des lieux de vacances, des retrouvailles. Pour beaucoup d’aidants, ces conversations sont douloureuses : comment partir quand un proche dépend de vous chaque jour ? Comment se reposer quand la vigilance ne connaît pas de saison ? Et surtout, comment s’autoriser à souffler sans avoir le sentiment d’abandonner ?

La culpabilité, ce frein plus puissant que le manque de solutions

Nous l’évoquions dans notre article sur l’isolement des aidants et la reconstruction du lien social : le répit arrive trop souvent en dernier recours, lorsque l’épuisement est déjà installé. Ce retard n’est pas d’abord une question d’offre. C’est une question de permission intérieure.

S’absenter, c’est affronter des questions intimes : mon proche va-t-il se sentir abandonné ? Les personnes qui me relaient sauront-elles faire ? Ai-je le droit de profiter quand lui ne le peut plus ? Ces questions sont légitimes. Mais la réponse ne peut pas être de ne jamais partir : un aidant privé de sommeil, de vie sociale et de temps pour lui ne peut pas accompagner durablement dans de bonnes conditions.

Le répit n’est pas une pause que l’on s’accorde contre son proche. C’est une condition du maintien du lien avec lui.

Le répit a changé de visage : deux exemples qui le prouvent

L’image du répit reste souvent associée à un placement temporaire vécu comme un arrachement. Or des dispositifs récents proposent tout autre chose : des lieux pensés pour l’aidant et son proche, ensemble ou séparément, dans des cadres qui n’ont rien d’hospitalier.

Les Maisons de répit de la Fondation France Répit

Pionnière en France, la Fondation France Répit a ouvert près de Lyon la première Maison de répit : un lieu où la personne malade et son aidant peuvent être accueillis, ensemble, jusqu’à trente jours par an, en continu ou fractionnés (1). La personne accompagnée bénéficie d’une présence soignante permanente ; l’aidant, lui, d’un soutien psychologique, de soins de répit et d’un accompagnement dans ses démarches. Une équipe mobile évalue aussi les situations à domicile et oriente les familles vers les solutions adaptées. Une deuxième Maison ouvrira en Île-de-France, et la fondation vise à terme une implantation dans chaque région.

Les Bobos à la Ferme : le répit qui ressemble à des vacances

Sur la Côte d’Opale, Les Bobos à la Ferme propose une approche complémentaire : une ferme rénovée en gîtes touristiques ouverts à tous, conçue dès l’origine pour accueillir les familles concernées par la maladie ou le handicap (2). On y part en vacances, pas « en établissement » : hébergements adaptés, bain thérapeutique, salle multisensorielle, possibilité de relais professionnel sur place. Des aides financières existent, notamment via la MSA, pour réduire le coût du séjour (3). Ce modèle de « répit en milieu ordinaire » change profondément le vécu : le proche n’est pas confié, il est emmené en vacances.

À côté de ces lieux, les solutions plus classiques gardent toute leur place : accueil de jour, hébergement temporaire, relayage à domicile (un professionnel vient vivre au domicile pendant votre absence). Les plateformes d’accompagnement et de répit de votre territoire peuvent vous aider à composer la formule adaptée.

Préparer l’absence pour partir l’esprit plus léger

Un répit réussi se prépare, pas dans la précipitation d’un épuisement devenu ingérable, mais en amont, par petites étapes :

  • Commencer petit : une demi-journée d’accueil de jour, puis une nuit, puis un week-end. La confiance se construit progressivement, pour vous comme pour votre proche
  • Transmettre les habitudes : les rituels du coucher, les préférences alimentaires, les mots qui apaisent, un carnet de liaison simple fait gagner un temps précieux aux relayeurs
  • Maintenir les repères : si le relais se fait à domicile, des repères visuels en place (sur les portes, les placards) permettent à un intervenant qui découvre les lieux de préserver les routines sans tout demander
  • Prévoir le lien pendant l’absence : un appel à heure fixe, des photos, pour vous rassurer vous, autant que votre proche
  • Accepter l’imperfection : le relais ne fera pas « comme vous ». Il fera autrement, et c’est acceptable

Partir, c’est aussi prendre soin du lien

Au retour d’un répit, beaucoup d’aidants décrivent la même chose : ils retrouvent leur proche avec une disponibilité qu’ils avaient perdue. La relation respire à nouveau. Les gestes du quotidien redeviennent des gestes de lien, et non plus seulement des tâches.

S’autoriser à partir cet été, ce n’est pas se soustraire à son rôle. C’est refuser de disparaître derrière lui et permettre à la relation de durer.


(1) Fondation France Répit et La Maison de répit (Tassin-la-Demi-Lune, Rhône).
(2) Les Bobos à la Ferme  Organisez votre séjour de répit (La Madelaine-sous-Montreuil, Pas-de-Calais).
(3) Les Bobos à la Ferme  Aides financières pour un séjour de répit.

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